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Les petites merveilles : l’Aigle

Nouvelle constellation.

Petites Merveilles : l’Aigle (Aquila)

Tom Trusock – 8/2006

Traduction: P. Henrotay

La version originale de cet article (en anglais) se trouve sur le site de CloudyNights.

Aquila – carte générale

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L’Aigle – l’animal favori de Zeus, est probablement l’une des plus intéressantes constellations parmi celles qui ont été dédaignées par Messier et ses contemporains. Oui, c’est bien juste, il n’y a pas d’objets de Messier dans l’Aigle, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il n’y ait aucun objet intéressant, bien au contraire !  L’Aigle propose quelque chose pour chacun de nous ou presque et, comme je dispose d’un grand télescope et que j’adore les nébuleuses planétaires, c’est une de mes constellations favorites.
Crossen (dans « Binocular Astronomy ») nous dit que l’Aigle (Aquila) est une des nombreuses constellations que les Grecs ont héritées des civilisations anciennes de Mésopotamie. Il nous apprend que l’Aigle, pour les Sumériens, était juste constitué du trio Alpha, Beta et Gamma, et note que les Bédouins ont appelé cet astérisme Al-Nasr al-Tair, “l’Aigne en vol”, et écrit encore que la version de l’Aigle des anciens Grecs était perpendiculaire à celle que nous connaissons de nos jours.
L’Aigle prend une place de premier choix en été. Se trouvant à cheval sur la Voie lactée et voisin de l’Écu (Scutum) et de la Flèche (Sagitta), c’est une région fantastique à parcourir avec un télescope à large champ ou des jumelles.
Y résident un bon nombre d’étoiles particulièrement intéressantes – Altair, Eta la brillante Céphéide, la variable à longue période R Aquilae, la naine rouge de Van Biesbrock et V603 Aquilae qui, en 1918, fut l’une des plus brillantes novae des 300 dernières années. E. E. Barnard et le jeune (17 ans à l’époque) Leslie Peltier en furent les codécouvreurs. Burnham indique qu’au moment de la découverte, elle était déjà plus brillante qu’Altair, et qu’elle allait bientôt surpasser en éclat la presque totalité des étoiles du ciel, avec une magnitude maximum de -1.4
Altair (Alpha), de couleur bleue, forme un des sommets du Triangle d’Été (Vega, Deneb et Altair) et est la 11ème étoile la plus brillante du ciel nocturne. Elle se trouve à une distance de 16 années-lumière et a une magnitude apparente de 0.77. Elle a aussi un compagnon optique de magnitude 10 environ. Si vous regardez Altair avec des jumelles, prenez un peu de temps à admirer le contraste de couleur avec Gamma, rouge/orange, située juste deux degrés au nord-ouest.
Mais l’attrait principal de l’Aigle, ce ne sont pas les étoiles – ce sont les objets du ciel profond. Même si la constellation se trouve presque entièrement au passage de la Voie lactée, il y a étonnamment peu d’amas ouverts (17 catalogués seulement) et de nébuleuses diffuses (1 seule). D’un autre côté, il y a 112 nébuleuses planétaires, 133 nébuleuses obscures, 3762 galaxies, 4 quasars et même 3 amas globulaires. Et si Messier n’y a rien trouvé qui mérite d’être repris dans son catalogue, soyez rassurés, il y a pas mal de choses à voir.

Aquila – Région 1

B142-3

Commençons par un couple d’objets à observer aux jumelles, les nébuleuses obscures Barnard 142 et 143. Commençons par regarder juste un degré au nord-ouest de Gamma Aql (Tarazed,  magnitude 2.72) et cherchons une paire de taches noires de forme un peu étrange. Dénommées “Fish on the Platter Nebula” ces deux-ci ne sont pas difficiles à trouver, même avec des petites jumelles, lorsque les conditions de ciel sont bonnes.
NGC 6804 / 6803

Ensuite déplaçons-nous de 3 degrés environ au sud-ouest pour trouver la nébuleuse planétaire NGC 6804. Parfois appelée la “Snowball Nebula” (Boule de Neige) elle devrait être visible dans des télescopes aussi petits que des 6 pouces. Dans un télescope de taille moyenne, c’est une nébuleuse planétaire impressionnante et elle devrait montrer son étoile centrale (magnitude 13) à la plupart des observateurs. Une des choses qui m’a frappé dans mon 12.1″, c’est la chaîne formée par 3-4 étoiles visibles juste à l’avant-plan. Regardez attentivement et essayez de distinguer des détails et des changements de luminosité dans sa partie extérieure.

Carl Burton m’a fourni cette image superbe de NGC 6804. Elle a été prise avec son C14 à F12.4, sur une monture AP1200 et avec une ST-8XE combinée à son optique adaptative AO-7.
Tant que nous sommes dans le coin, vous devriez prendre un peu de temps pour jeter un oeil à environ un degré au nord pour trouver 6803. Il vous faudra cependant un bon jeu de cartes du ciel car 6803 contraste fort avec 6804. Tout en étant proches l’une de l’autre, les deux ne pourraient être plus dissemblables. 6803 est difficile à trouver, même par une belle nuit, et apparaît comme une étoile même à de forts grossissements. Pour distinguer 6803, vous pourriez recourir à ce vieux truc qui consiste à faire « clignoter » l’objet : c’est à dire, à utiliser un filtre OIII et à jouer à le mettre puis l’enlever du train optique. Les nébuleuses planétaires se prêtent bien à ce genre de filtre car il augmente le contraste entre la planétaire et le reste du champ. Tâchez de repérer une étoile qui ne change pas d’éclat lorsque le filtre OIII est placé.
NGC 6871

Puisque nous sommes à la chasse aux planétaires, gardons ce filtre OIII sous la main et déplaçons-nous de 4 degrés au sud-ouest de NGC 6804 pour trouver NGC 6781. Dans un télescope de taille moyenne, j’ai trouvé cette planétaire bien lumineuse et très impressionnante. Une suite d’étoiles de magnitudes comparables mène directement à cette nébuleuse planétaire, donnant l’illusion de se trouver face à un lac au pied d’une cascade d’étoiles. La nébuleuse planétaire elle-même est une bulle presque parfaite et, dans de plus grands télescopes, elle me fait un peu penser à M57 dans la Lyre. C’est ma nébuleuse planétaire favorite dans l’Aigle.
NGC 6738 / 6709

Maintenant, abordons une paire d’amas ouverts, NGC 6738 et 6709.
Bien que classé comme amas ouvert dans le catalogue NGC, une nouvelle étude de Boeche, Barbon, Henden, Munari et Agnolin a montré que 6738 n’était qu’une concentration de quelques étoiles brillantes et pas du tout un vrai amas ouvert.  Visuellement, c’est un groupe d’étoiles, fort lâche, de magnitudes différentes. Il y a une suite d’étoiles qui s’étend selon la direction nord-sud en travers du centre présumé de l' »amas », et pour ma part je vois cette suite se connecter à une autre chaîne d’étoiles qui lui est perpendiculaire. Dans un télescope de 12”, l' »amas » ressemble à un carrefour où les étoiles les plus brillantes définissent les voies. Cet objet
devrait être visible dans des jumelles de taille moyenne lors de nuits convenables.

Quoi qu’il en soit, je trouve que 6709 (à 2.75 degrés au sud-ouest) est un amas ouvert bien plus joli. Visible dans tout télescope ou toutes jumelles, un 80mm va le résoudre en un nombre important d’étoiles, tandis que des télescopes plus grands améliorent simplement la vue. Carol Lakomiak m’a fourni cet excellent croquis de 6709 fait à l’aide de son SCT de 8″.


Aquila – Région 2

NGC 6755 / 6756

Quand vous en avez terminé avec ceci, descendez vers NGC 6756 et 6755. Proches l’un de l’autre, ces deux amas peuvent être vus dans le même champ de votre télescope de 6 pouces (ou plus) s’il permet un champ de ½ degré (ou mieux). Dans un petit télescope, ces deux amas contrastent bien l’un avec l’autre, tandis que la vue dans un plus grand télescope me rappelle le Double Amas de Persée. De toute façon, 6755 est clairement le plus grand et le plus brillant. En étudiant 6755, regardez la bande qui coupe en deux l’amas à peu près du nord au sud, et observez les ensembles d’étoiles qui semblent se dégager de son centre de façon radiale.
NGC 6760

On se déplace ensuite vers NGC 6760. Cet amas globulaire est un objet brillant et devrait être plutôt facile à trouver, même dans les petits télescopes. Un télescope de 12 pouces avec de forts grossissements arrive juste à montrer une trace de résolution en étoiles, ne vous attendez donc pas à voir quelque chose qui ressemble à M13. Pourtant, c’est une cible intéressante. Gardez cette vue en tête au long de votre balade de ce soir – c’est une excellente illustration de la façon dont les amas globulaires peuvent se montrer différents.

Aquila – Région 3

NGC 6751

Juste à l’extrémité de l’Aigle, on trouve la dernière nébuleuse planétaire pour ce soir – NGC 6751. Cette petite, mais lumineuse, nébuleuse planétaire peut être détectée dans les petits télescopes, mais je préfère pour ma part un télescope de diamètre moyen car procurant plus de détails. Dans mon 12″, je trouve facilement l’étoile centrale de magnitude 13.5, et ai compté plusieurs étoiles le long du bord extérieur de la nébuleuse planétaire. Dans un grand télescope, essayez de distinguer une marbrure à la limite sud de la nébuleuse.
Rodger Raubach écrit:

Je suis parti de lambda Aquilae, et ai utilisé un oculaire TMB Paragon 40 pour me déplacer vers le sud de 1 1/2 fois le champ de vision. J’ai alors utilisé un grossissement plus élevé pour mettre en évidence la nébuleuse planétaire par rapport aux étoiles. Il m’a fallu utiliser un grossissement de142x avec un oculaire Pentax 10 XW pour cela. Même à 142x, c’est un très petit objet. Je suis passé à 203x (Pentax 7 XW), ce qui a montré une nébuleuse planétaire prenant la forme d’un disque légèrement ovale avec des bords diffus. Comme l’objet restait assez brillant, j’ai alors utilisé le UWAN 4 à 355x. Il y a avait trop de brume dans l’atmosphère, ce qui atténuait la luminosité de l’image, à un point tel que voir l’étoile centrale était impossible. C’est un petit objet et on peut le confondre avec une étoile à des grossissements de l’ordre de 100x. Je suggérerais un filtre OIII pour faire « clignoter » cet objet.

NGC 6814

En route vers notre seule et unique galaxie pour ce soir : NGC 6814. C’est une belle galaxie vue de face, elle peut être vue dans un télescope de 4 à 6 pouces, est grandiose dans un télescope de 10-12 pouces et (comme beaucoup d’objets) continue à s’améliorer au fur et à mesure que le diamètre du télescope augmente. Dans mon télescope de 12.1″, je vois de façon certaine une marbrure et des indices des bras spiraux. Le centre est plus brillant que les bras, et on voit nettement une trace de noyau stellaire. 6814 doit être une galaxie très brillante pour se montrer aussi bien au travers des nuages de poussières et de gaz de notre propre Voie lactée. Adam Block montre une excellente image de cette galaxie sur le site NOAO :
http://www.noao.edu/outreach/aop/observers/n6814.html
Il note aussi de façon intéressante que la luminosité de la partie centrale semble changer de semaines en semaines ou de mois en mois.
Objet défi : Pal 11

Enfin, nous en arrivons à notre objet-défi – Pal 11.
Il y a 15 Amas Globulaires de Palomar découverts en analysant les clichés DSS pris au Mont Palomar. Un tel petit nombre en fait une liste tentante  – même si c’est un peu limite.

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J’ai vu Pal 11 dans mon 12.1” et dans mon 18”. Dans le 12.1”, c’était une concentration d’étoiles, très éparse, ressemblant plus à un amas ouvert dense avec une brume d’étoiles non résolues. Le 18” montrait évidemment plus, mais me laissait toujours la même impression. A mon sens, les grossissements faibles donnaient la meilleure vue (~75x ).
Rodger Raubach écrit:

J’ai fait un autre saut de puce à partir d’une étoile connue, en utilisant mes cercles digitaux pour me  mettre à la position correcte, et c’était ma quatrième tentative pour trouver Pal 11. En scrutant lentement, j’ai remarqué une tache de brume très faible juste au bon endroit; je l’ai dépassée, puis suis revenu en arrière. Même tache à nouveau. Je me suis arrêté et ai appliqué une légère tape sur le tube et la tache s’est déplacée légèrement. J’ai mis un tissu sur ma tête et ai essayé de mieux adapter ma vue au noir tout en inspirant profondément, en gardant mes yeux fermés en même temps. Après peu de temps,  la tache est devenue plus distincte et j’ai pu apercevoir quelques étoiles très faibles à l’avant-plan, en utilisant la vision décalée. La vérification avec une carte du ciel m’a confirmé que j’étais au bon endroit, et ainsi donc je peux revendiquer avoir vu Pal 11 dans ma lunette APO de 6.9″. La vue n’était certainement pas grandiose, mais j’étais très fier d’avoir pu trouver mon 4ème globulaire de la liste Palomar avec ma lunette TMB 175.

Et il y a de quoi être fier.

Cette image provenant de “Where is M13?” montre notre relation avec Pal 11. Le petit cercle est l’amas globulaire, tandis que celui qui se trouve dans le bras de la Voie lactée (notre galaxie) – eh bien, c’est vous et moi. Le programme de Bill Tschumy nous dit également que Pal 11 brille avec l’éclat de 18375 soleils, fait 126 années-lumière de diamètre et se trouve à 43358 années-lumière de l’endroit où vous lisez ceci.

Comme pour tout objet difficile, vous devrez préparer le terrain, en particulier si vous disposez d’un télescope modeste (c’est à dire, courant). Je vous suggère d’utiliser le Mast DSS pour imprimer quelque
s images, de les importer dans un programme de retouche d’images et d’en faire des négatifs. Vous pouvez également en profiter pour orienter la photo de façon à correspondre à l’orientation habituelle de votre configuration, telle que vous voyez les objets à l’oculaire. L’image ci-dessus a été générée dans Sky Map Pro avec Real Sky, puis éditée dans un logiciel de retouches d’images.

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