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Les petites merveilles : Ophiuchus / le Serpentaire

La suite de cette excellente série de présentations de constellations.

Barnard 72 (The Snake Nebula) – Une des nombreuses nébuleuses obscures dans Ophiuchus :
image de Hunter Wilson

Cette vaste constellation culmine aux environs de minuit le 12 juin et, à mon sens, a toujours représenté le signe avant-coureur de l’été. Comme beaucoup de constellations, plusieurs mythes lui sont associés, les plus classiques étant liés à Esculape, le chirurgien à bord de l’Argo, le vaisseau de Jason.
Voilà des dizaines d’années que je suis astronome amateur, mais je suis toujours impressionné par la taille de cette constellation.    Avec Hercule à sa frontière nord, et le Scorpion et le Sagittaire au sud, elle s’étend de +14 à  -30 degrés de déclinaison, et couvre presque trois heures en ascension droite, coupant le Serpent en deux..

Vue au chercheur – regardons vers le sud, début juin vers minuit.

L’étoile la plus brillante est Rasalhague, de magnitude 2, située au sommet de la forme de cloche caractéristique de la constellation.  L’étoile la plus intéressante en son sein est probablement la naine rouge de magnitude 9,5 appelée Etoile de Barnard.  Découverte en 1916 par E.  Barnard, elle est distante de nous de 6 années-lumière (ce qui en fait la deuxième étoile la plus proche de nous) et a un mouvement propre dans le ciel d’environ un degré tous les 350 ans. L’Etoile de Barnard se rapproche de nous rapidement – environ 87 miles par seconde – et sera à une distance minimum (3,8 années-lumière) dans environ 8000 ans.
Ophiuchus est aussi le siège de l’ancienne constellation appelée le Taureau de Poniatovski, placée là en 1777 en l’honneur du Roi de Pologne. Cet astérisme de 3 degrés rappelle le Taureau et est bien cadrée dans un télescope à grand champ ou dans des jumelles.
Passons maintenant aux objets du ciel profond :
Se situant au milieu de la Voie Lactée, ce n’est pas une surprise que la constellation soit si riche en amas globulaires. En fait, environ un amas globulaire sur six de notre Voie Lactée se trouve dans les limites de cette constellation, avec 7 d’entre eux qui sont des objets de Messier assez lumineux (au total: 25 parmi les 158 connus). Les galaxies sont nombreuses, mais la plupart sont trop peu lumineuses pour être visibles dans des télescopes d’amateur courants. La plus lumineuse est NGC 6384, de magnitude 11.6 mais de faible luminosité surfacique. De façon étonnante, seul un amas de galaxies (AGC 2163) est mentionné. Il y a également pas mal de nébuleuses planétaires – la plupart bien faibles mais au moins deux (parmi quelque 160 et plus) sont accessibles aux petits télescopes et font partie de notre liste de ce mois.   Si vous être amateur de nébuleuses obscures, Ophiucus en regorge.     Une des plus connues de l’hémisphère nord, visible à l’oeil nu, mais probablement plus adaptée à la vision binoculaire, c’st la Pipe Nebula, une chaîne de nuages obscurs de 7 degrés de long, qui peut être trouvée au sud de Theta Oph.
Les objets que nous allons explorer dans cet article incluent les sept objets de Messier présents dans Ophiucus, et deux nébuleuses planétaires, petites mais brillantes. Pour ceux qui aiment les listes, voici les amas globulaires en ordre décroissant de magnitude.
M12
M62
M10
M19
M14
M107
M9
Tous devraient être visibles dans des jumelles, même si identifier certains d’entre eux sera un défi dans les optiques les moins puissantes. Les nébuleuses planétaires que nous allons visiter sont:
NGC 6572 (« Blue Racquetball »)
NGC 6309 (« the Box »)


M12 – image Hubble

Démarrons au centre de la constellation avec les amas globulaires M10 et M12. Avec une magnitude de 6.6 et 6.1, ces deux amas sont facilement visibles aux jumelles sous un ciel raisonnablement noir, et M12 devrait être visible à l’oeil nu sous un ciel vraiment noir (et probablement au sud). Les deux amas sont distants d’à peine trois degrés et un télescope à grand champ ou des jumelles montreront bien la paire. Pour moi, ils ont une taille comparable – environ 15′ à 20′, avec M10 peut-être un peu plus étendu. Je trouve M12 un peu moins compact, et le découvre en suivant une ligne courbe plutôt irrégulière d’étoiles plus lumineuses. Les dessins de Tara Wertelecki (qui observe avec un réflecteur de 6” à 100x) donne une excellente représentation de ce qu’on peut observer.

Tant qu’on est dans la région centrale, déplaçons d’environ 10 degrés à l’est de M10 et voyons M14.  Si M12 et M10 sont situés du même côté du centre galactique que notre Soleil, M14 est de l’autre côté et à double distance, soit quelque 30300 années-lumière.

M14- image DSS

Comme pour chacun des objets de ce soir, prenez le temps de voir comment cet objet se comporte lorsqu’on augmente le grossissement. Avec un télescope de taille modeste (à partir de 8 pouces), vous devriez commencer à voir une certaine résolution de l’amas en étoiles individuelles en utilisant de forts grossissements.

M9 – par Hunter Wilson

Maintenant dirigeons-nous vers le sud sur environ 15 ¾ degrés pour découvrir notre cible suivante, de mag 7.8 : M9.    Si vous scrutez le ciel ou utilisez un télescope à grand champ, la première chose que vous remarquerez, c’est qu’il y a deux amas globulaires dans le même champ que M9, à environ 1 degré de distance l’un de l’autre : NGC 6536 (mag. 8.2) se trouve au NE, et un amas bien plus faible (mag. 9.5), NGC 6342, se trouve au SE.
Dave Mitsky écrit –

M9 était facilement visible dans un chercheur Lumicon 11×80 . Il était résolu avec le Newton Cavé Astrola de 12.5″ à f/6.5 Cave, à 46x. A 83x, il y avait résolution partielle pour les étoiles en périphérie. L’amas entier était résolu à 159x et avait un aspect quasi triangulaire à ce grossissement.

M9 se trouve “au-dessus” et de ce côté du centre galactique à une distance d’environ 25800 années-lumière.

M19 (Notez la forme allongée) – par JimThommes

Dirigeons-nous au  SSO pour trouver M19 et M62.  Il y a une flopée d’amas globulaires plus petits dans cette région, qui sont des objets intéressants en eux-mêmes, en particulier dans un grand télescope. Une fois encore, avec des jumelles ou un télescope à grand champ, vous les trouverez tous deux dans le même champ, car ils se trouvent à environ 3.5 degrés l’un de l’autre. J’ai trouvé qu’ils étaient tous deux visibles dans le champ de la lunette NP-101 avec un oculaire Nagler 31mm.  Si cette configuration n’a pas le grossissement suffisant (ni le diamètre) pour résoudre l’amas globulaire, c’est une vision extrêmement impressionnante. En réalité, M62 se trouve à environ 22 kiloparsecs de nous, tandis que M19 se trouve à environ 28 kiloparsecs.
Dans ses observations faites avec un Cassegrain classique de 17” à  f15, Dave Mitsky note que :

M19 était facilement visible avec le chercheur de 5″ à f/5. Vu dans le Cassegrain de 17″ à f/15 à 144x, il apparaissait de forme ovale avec 2 étoiles brillantes au bord, et était partiellement résolu. En augmentant le grossissement à 259x, j’obtenais une belle vue sur un amas complètement résolu. Un alignement d’étoiles faibles, quasi équidistantes, pouvait s’observer à l’ouest de M19.

M107 – par Hunter Wilson

Vous trouverez notre dernier objet de Messier à peu près à mi-chemin entre Zeta et Phi Oph, il est à une distance d’environ 21 kiloparsecs.  Pour moi, la chose la plus intéressante avec M107, c’est son cadrage.  Il se trouve au centre de 4 étoiles de mag. 11 formant une sorte de crucifix.    Dans le graphique qui suit, j’ai représenté M107, et indiqué le reste des amas globulaires de Messier pour vous donner une idée de là où se trouvent ces objets par rapport à nous.  Pour illustrer la manière dont le gaz et les poussières interstellaires affectent la visibilité, notez que ces amas brillants se trouvent du même côté du noyau galactique que nous-mêmes, et se situent « au-dessus ».

Terminons par deux de mes autres objets favoris de cette région, tous deux des nébuleuses planétaires. Au passage, et contrastant en particulier avec les autres objets de ce soir, ces deux là sont bien petits. Si vous éprouvez des difficultés à les localiser, essayez avec un filtre OIII simplement tenu entre votre oeil et l’oculaire, et que vous mettez et enlevez tour à tour brièvement. Les étoiles vont s’atténuer, mettant les seules nébuleuses planétaires en évidence.

NGC 6572 au chercheur

De mag 8.1, NGC 6572 (aussi connue sous le nom de Blue Racquetball) a une couleur bleu-verte évidente à mes yeux, et ce dans à peu près n’importe quel télescope – mais à chacun sa vue. Dave Mitsky note que, pour lui, l’objet apparaît vert dans les plus grands télescopes, et bleu marine dans les plus petits.    Avec les nébuleuses planétaires, j’aime bien pousser le grossissement pour essayer de voir l’étoile centrale. A cause de la luminosité surfacique de cet objet particulier, je n’ai jamais pu la distinguer, alors qu’elle serait de magnitude 13.6.  Dans les télescopes plus grands, insérez un filtre OIII et vous arriverez peut-être à voir des détails aux bords nord et sud de la nébuleuse.

NGC 6572 – par Bill W

Bill W a fourni l’image ci-dessus et note :

Même si l’image que voici est une des moins  esthétiques de mon cru, cette nébuleuse ne manque pas d’intérêt : elle est si lumineuse qu’on brûle le centre avec des poses de plus de 30 secondes, même avec un filtre à bande étroite. Elle est bien plus lumineuse que tout autre nébuleuse planétaire que j’ai pu photographier, parmi lesquelles l’anneau de la Lyre, cat’s eye, et blue flash.   Visuellement, c’est l’occasion de distinguer la couleur d’une nébuleuse planétaire : avec mon SCT de 8″, elle m’apparaît bleu pâle au travers de la pollution lumineuse et de la brume. J’aimerais voir ce que ça donne sous un ciel très noir et avec un plus grand télescope pour pouvoir mieux apprécier la couleur.

NGC 6309 au chercheur

De mag 11.5, NGC 6309 est bien plus basse dans le ciel et peut s’avérer problématique pour les observateurs situés au nord, et qui essaient de la voir au travers de la pollution lumineuse. Je me rappelle encore la première fois que je l’ai vue. C’était avec un Dobson de 8” à f6, et j’ai observé une forme carrée nettement définie. Des instruments plus grands montrent sa nature bipolaire mais, tout comme John le décrit plus bas, moi aussi je n’ai pu observer l’étoile centrale de mag. 14.4, et ce dans aucun télescope.

NGC 6309 – par Bill W

John Tatarchuk écrit :

Jolie, bipolaire, deux lobes, un plus grand et plus lumineux que l’autre, séparation sombre entre les deux lobes, pas d’étoile centrale avec ou sans filtre (elle serait de mag 13 environ, proche du lobe le plus brillant).

Deux suggestions d’objets-défi pour terminer :
Une nébuleuse planétaire intéressante pour ceux qui disposent d’un grand télescope: Minkowski’s Butterfly.  La plupart des nébuleuses planétaires qu’on observe sont soit étendues et faibles, ou petites et brillantes.  Butterfly est à la fois petite et faible !  Utilisez un gros télescope et vous verrez que le bipôle M 2-9 est tout à fait intéressant.
Les chasseurs d’amas globulaires motivés pourront aussi essayer d’observer Palomar 6 and 15, qui se trouvent eux aussi dans Ophiuchus.   Découverts par photo via le Palomar Sky Survey, ces deux amas globulaires sont tout à fait accessibles pour qui dispose d’un instrument de diamètre suffisant.

Tom Trusock – 06/09

Traduction: P. Henrotay

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