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Les petites merveilles : l’écu

Nous voici arrivés à la fin de la présentation de ces “petites merveilles”.

Encore un grand merci à l’auteur et au traducteur.

Bert_Van_Donkelaar_SCUTUM_M11

Carte de l’Écu (zone d’intérêt, grand champ)

Capture d’écran 2012-04-18 à 21.47.48

L’Écu, ou encore Scutum Sobiescianum (l’écu de Sobieski), est une intéressante petite constellation. Comptant  une seule étoile de magnitude supérieure à 4, c’est une sorte de test de Rorschach cosmique. C’est la seule constellation « politique » qu’on puisse encore trouver dans notre ciel, et même si elle est petite par sa taille, elle contient un assez grand nombre d’objets intéressants.
Johannes Hevelius a introduit Scutum Sobiescianum (l’écu de Sobieski) en 1690, en hommage au Roi de Pologne Jean  III Sobieski. Le plus grand exploit de ce dernier a eu lieu en 1683 lors de la bataille de Vienne, lors de laquelle rien moins que la civilisation européenne fut mise en danger. Le 12 septembre 1683, à 4H du matin, Sobieski se retrouve avec ses troupes de 81000 hommes (Polonais, Autrichiens et Allemands) face à 130000 Turcs. Submergés par le nombre, il combattirent toute la journée jusque vers 5H de l’après-midi, lorsqu’un groupe de cavalerie mené par le Roi Jean réussit à percer la ligne de bataille des ennemis et à jeter ceux-ci dans la confusion. Quelques 30 minutes plus tard à peine, il réussit à gagner la tente du commandement ennemi et la bataille tait terminée.
Après ceci, il fut honoré par le Pape et les autres notables en tant que « Sauveur de Vienne et de la Civilisation de l’Ouest de l’Europe ». Le Roi Jean décéda le 17 juin 1696.
Malgré toutes les lignes et dessins que l’on peut voir dans les atlas célestes, je trouve qu’il n’y a pas dans l’Écu de forme vraiment reconnaissable. Comme il est relégué aux seconds rôles par ses voisins comme l’Aigle, le Sagittaire ou le Serpent, la façon la plus simple de le trouver est de se balader dans la Voie lactée entre le Sagittaire et l’Aigle – vous pouvez utiliser les trois étoiles au sommet de l’Aigle pour vous guider. L’étoile la plus brillante de l’Écu (Alpha) est de magnitude 3.85 et donc assez peu élevée, mais comme dit précédemment, le constellation ne vous décevra pas. Ceci parce qu’elle fait partie de la Voie lactée : il y a un grand nombre d’objets intéressants.

L’Écu au chercheur

Ainsi par exemple, dans cette petite région, les catalogues de SkyTools 2 dénombrent 52 nébuleuses planétaires, 21 amas ouverts, 91 nébuleuses obscures, 3 nébuleuses diffuses et un amas globulaire.
Avant d’emmener votre télescope à l’extérieur, je voudrais d’abord vous recommander de faire quelques observations à l’ancienne : à l’oeil nu et avec des jumelles convenables. La première chose que vous remarquerez, ce sont les grands nuages d’étoiles. Comme la constellation se trouve à la frontière du grand rift de la Voie lactée, ceci contribue à faire ressortir les nuages d’étoiles de façon distincte, mais de toute façon, la région est très peuplée en étoiles.
Par ces chaudes nuits d’été, j’aime bien suivre la trace de la Voie lactée à l’oeil nu quelques minutes juste vers la fin du crépuscule. Je trouve intéressant de voir ainsi les limites de notre galaxie. Au cours des années, j’ai essayé de faire un dessin de la Voie lactée, mais à chaque fois que j’essaie, elle me semble être un peu différente. En l’observant ainsi émerger des lueurs du crépuscule, je vois une vue à chaque fois semblable mais aussi différente.
Tant qu’on parle d’étoiles et qu’on est dans cette région, vous devriez jeter un oeil sur R Scuti.    C’est un membre de la classe des étoiles variables pulsantes RV Tauri et sa magnitude varie entre 4.9 et 8.2 sur une période de 140 jours (en fait, le minimum absolu n’apparaît que tous les quatre ou cinq cycles). Cette étoile variable se trouve entre deux des bras spiraux de notre galaxie : notre propre bras (Orion) et le bras Sagittaire/Carina.
Nébuleuses Obscures dans l’Écu

Zone 1

Crossen, dans « Binocular Astronomy » note qu’il y a deux grands nuages d’étoiles dans l’Écu, un dans le sud-ouest de la constellation, et l’autre dans le nord-est. Sous un ciel bien noir, ils sont facilement visibles à l’oeil nu, et apparaissent bien dans des jumelles ou dans un télescope à grand champ (si vous utilisez un télescope, choisissez un oculaire du plus faible grossissement et prenez soin de déplacer votre oeil tandis que vous scrutez la zone pour mieux vous rendre compte des « limites » du nuage d’étoiles). Mes yeux sont souvent ébahis de voir le nombre d’étoiles dans cette zone, et tandis que je laisse ma vue vagabonder, j’oublie souvent d’utiliser la vision décalée. Pensez à y recourir et prenez quelques minutes pour étudier soigneusement la région. Vous noterez de grandes régions sombres au milieu des zones étoilées. L’Écu est riche en nébuleuses obscures. Ces concentrations de gaz et de poussières bloquent la lumière venant des étoiles distantes et crée un effet de « trou dans l’espace ». A mon sens, le plus grand et le plus notable de ces « trous » (B111, 119a) se trouve juste au nord de Messier 11 et crée l’illusion d’un no man’s land stellaire.
A un degré au SE de Messier 11, on trouve B114-8.  Eric Graff a fourni un superbe dessin de cette zone.


Dessin d’Eric Graff

Steve Coe a produit un document compilant les meilleurs de ces trous de l’espace et les a placés sur le site web du SAC : consultez The Best of Barnard’s Dark Nebulae.
Steve en liste 5 dans le seul Écu.
Pour les nébuleuses obscures, j’ai découvert qu’il me faut avoir recours à de faibles grossissements, à de larges champs et à la vision décalée. Certaines sont évidentes, mais d’autres nécessitent une attention particulière pour voir les détails. Les meilleurs instruments en ce qui les concerne sont probablement les jumelles et les lunettes à large champ, de façon à obtenir un bon contraste avec le ciel avoisinant.
Messier 11

Et maintenant, en route vers les objets « standards » du ciel profond. Commençons avec l’objet qui est probablement le plus contemplé dans l’Écu – Messier 11, l’amas du Canard Sauvage (Wild Duck Cluster).

Image de Michael Fulbright

Lorsque j’ai demandé à recevoir des observations d’objets situés dans l’Écu, cet objet-là est celui qui a été proposé dans plus de 50% des cas, et on peut dire que des suggestions, j’en ai reçu beaucoup ! Je voudrais remercier tous ceux qui m’ont envoyé leurs images, observations et croquis. Hélas, je ne peux les publier tous, mais il y en avait pas mal d’excellents.

Croquis de Carlos E Hernandez

A peine visible à l’oeil nu, cet amas semble être (en tout cas visuellement) un des amas ouverts les plus denses du ciel nocturne. Avec un petit télescope ou des jumelles, on peut le confondre facilement avec un amas globulaire. Mais à grossissement moyen, n’importe quel télescope de 2 à 3 pouces suffira à le résoudre en étoiles. En 1844, l’Amiral Smyth le comparait à un « vol de canards sauvages », d’où son nom « Amas du Canard Sauvage ». Depuis lors, les astronomes sont toujours à la recherche des canards. Sue French lève un voile du mystère dans son excellent « Celestial Sampler » en montrant une copie du croquis de Smyth tel qu’il accompagnait son observation. Le vol des canards peut s’imaginer comme un long v vu de côté. Personnellement, j’y vois une pointe de flèche ou un petit poisson.  Et vous, qu’y voyez-vous ?  Voyez-vous cette étoile particulière qui semble se mettre en avant de l’amas lui-même ? Plusieurs observateurs sont d’avis qu’elle se situe effectivement à l’avant-plan.
Tant que vous êtes dans cette région, vous devriez jeter un coup d’oeil rapide à juste un degré au NO, et essayer de distinguer Basel 1.  Voici ce qu’en dit Eric Graff qui fournit le croquis suivant :


Croquis Eric Graff

L’amas du Canard Sauvage, M-11, est vraiment un objet spectaculaire dans un champ stupéfiant. On dirait qu’il s’appuie sur une île dans une mer de nébulosité obscure. A près d’un degré au nord-ouest, regardez ce petit amas ouvert Basel 1 et son curieux anneau fait de six étoiles faibles.


Zone 2

NGC 6712/IC 1295

Maintenant descendons d’environ 2.5 degrés presque directement au sud de M11, pour découvrir un amas globulaire étonnament lumineux. Etant donné que Messier a cru bon d’inclure M26 dans son catalogue (on va jeter un oeil sur ce dernier dans un instant), je suis surpris qu’il ait raté ce petit bijou. Sans difficulté particulière, je l’ai isolé du fond du ciel étoilé dans une lunette achromatique de 6 pouces, à 23x. A 100x, je crois avoir pu distinguer une faible résolution en étoiles, mais vu sa position  dans le poudroiement de la Voie lactée, je ne peux en être sûr à 100%. NGC 6712 est plutôt petit pour un amas globulaire, mais il est assez proche de nous dans l’espace – du moins en comparaison des autres amas globulaires. Son orbite autour de notre galaxie l’amène à quelque 1000  années-lumière du centre galactique, et il vient juste de passer au travers du plan galactique voici quelques millions d’années. Avec peut-être pour résultat, comme les astronomes pensent en avoir trouvé la preuve, qu’une partie de l’amas s’est « évaporée », perdant au passage quelques étoiles et les abandonnant au halo galactique.

NGC 6712 est classé « Trésor caché #95″ dans l’excellent livre (et hautement recommandé) de Stephen James O’Meara – « Hidden Treasures ».  Dans la première édition de son livre, O’Meara mentionne aussi une nébuleuse planétaire voisine (même s’il la dénomme par erreur IC 129) .  La nébuleuse planétaire IC 1295 se trouve à seulement 0.25 degrés de 6712 et est facilement visible dans le même champ avec n’importe quel télescope ou presque. IC 1295 fait juste un peu moins de 1/2 fois le diamètre de 6712.
Dans un réfracteur de 6 pouces, à un grossissement de 100x, je peux juste entrapercevoir la limite ténue de la nébuleuse planétaire, et ce en vision décalée – lorsque que je vois le disque entier, le segment le plus lumineux le long du bord ressort un peu mieux. Un filtre UHC améliore à peine la vision, alors que l’utilisation d’un filtre OIII amène une différence dramatique et la nébuleuse planétaire saute alors aux yeux.
Lors d’une récente star party, un groupe d’amiset moi-même avons eu l’occasion d’examiner cette paire d’objets dans plusieurs télescopes différents. Même si l’amas globulaire était évident dans une lunette apo de 5″ à 45x,  la nébuleuse planétaire était invisible jusqu’à ce qu’on utilise un filtre OIII. Avec le filtre, la nébuleuse planétaire apparaissait – facile en vision décalée, mais également visible directement. Nous avons aussi jeté un oeil sur ce groupe d’objets avec différents Schmidt-Cassegrains (SCT) – 10 et 11 pouces. Dans le11″ , la planétaire était clairement visible sans filtre et le globulaire était résolu de façon excellente. Tous deux occupaient quasiment la totalité du champ d’un Nagler 17 mm – un grossissement moindre était un peu meilleur. Pour voir les deux en même temps, un 31 mm Nagler a été utilisé, avec un filtre OIII dans le 10″.  Cette configuration n’a pas révélé plus de détails ni donné une meilleure résolution qu’avec le 17 ou le 20 dans le 11 pouces, mais nous a néanmoins procuré de jolies vues. La meilleur vision de la nébuleuse planétaire fut obtenue dans le 11 pouces avec un Nagler 20 mm et le filtre OIII. Ronde, clairement définie avec des bords lumineux et un trou intérieur sombre décalé, cette planétaire mérite quelque étude sérieuse. Plus tard dans la soirée, j’ai eu la chance de pouvoir observer l’amas globulaire dans des jumelles 12×36 IS, et il se distinguait du fond du ciel de façon surprenante. Sans surprise, aucune trace de la planétaire.
Mark Shapiro écrit :

Dans mon télescope de 12″ , j’ai pu observer NGC 6712 avec un Stratus de 21 mm à 71X et un Stratus de 13 mm  à 115X; mais le véritable but de cet exercice était de trouver IC 1295. Avec un filtre Lumicon UHC , la nébuleuse planétaire devint bien discernable, ayant l’apparence d’un fantomatique beignet plutôt rond.

M26

Maintenant progressons de deux degrés vers l’OSO pour arriver au deuxième objet de Messier dans l’Écu – M26.


Croquis de Vedran Vrhovac

Ne confondez pas Messier 26 – M26 avec cet autre M26 – le tank Pershing .  Un des deux mérite vraiment votre attention, quant à l’autre, eh bien… ;-)

Evidemment, la vision de cet objet est fortement influencée par le diamètre du télescope, mais sans aucun doute, M11 l’éclipse aisément. Dans mon télescope de 4″, M26 est assez peu impressionnant, révélant tout juste une douzaine d’étoiles. Dans un 6″, j’en compte peut-être 18, et le nombre augmente au fur et à mesure de l’augmentation du diamètre du télescope. Dans de plus grands diamètres, c’est un amas ouvert fort beau et étonnament dense.


Image John Crilly

NGC 6664

Notre dernier arrêt sera pour NGC 6664.
Juste à proximité de Alpha Scuti, à 2.5 degrés ONO de M26, on trouve un joli petit amas ouvert, pas vraiment aussi serré ni aussi dense que M26, mais un peu plus lumineux. Dans un 6″, je me plais à imaginer une lettre M (je suis loin d’être aussi imaginatif que Mark – voir la note ci-après) et je peux compter deux douzaines d’étoiles dans cet amas. Une chose que de nombreux observateurs mentionnent, mais que je dois encore vérifier moi-même, c’est qu’il y a des zones avec peu d’étoiles à l’avant de l’amas. Sont-elles réelles ? Ou simplement est-ce l’effet de notre esprit qui désire organiser ce qui est n’est dû qu’au hasard. Votre avis ?
Mark Shapiro écrit:

Voici l’un de ces amas plus mémorable pour leur proximité avec une étoile brillante que pour ses caractéristiques propres. Proche de Alpha Scuti, il est facile à trouver. Le 12/7/2007, avec des conditions de seeing parmi les meilleures de juillet, je l’ai observé avec un oculaire Paragon de 40 mm à 38x dans mon 12″. Le très grand champ donnait une impression incroyablement forte, celle de voir une méduse s’éloignant à la nage de Alpha Scuti.

Objets défi
Ce soir, j’ai deux Planétaires d’Abell pour vous.
Les nébuleuses d’Abell ont été cataloguées par George Abell dans les années 50 en utilisant des plaques DSS (Deep Sky Survey).  Le catalogue original d’Abell comptait 86 entrées – 5 s’avérèrent inexactes.  Abell 11 est plus probablement une nébuleuse par réflexion., 17 n’existent pas, 32 probablement un défaut dans la plaque, 76 une galaxie annulaire et 85 un reste de supernova.
Ce soir, essayons de trouver Abell 45 and 49.
Abell 45 – PK 20-0.1


Abell 45 au chercheur

Abell 45 carte additionnelle

Abell 45 Photo DSS

Abell 49 – PK 27-3.1


Abell 49 au chercheur


Abell 49 carte additionnelle


Abell 49 Photo DSS

Comme toujours, pour ces derniers objets, il vous faudra un bon diamètre, de bonnes cartes, une somme de patience et (dans ce cas particulier) un filtre OIII. Ceux qui sont intéressés par voir plus d’objets du catalogue d’Abell devraient se procurer une copie  du livre d’Alvin Huey « The Abell Planetary Observer’s Guide ».

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