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Les petites merveilles : le Sagittaire

Suite de la série traduite par le GAP.

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Centaure ou Théière ?


Pour une raison obscure que je n’ai pas approfondie, le Sagittaire a longtemps été vu comme un Centaure cosmique armé d’un arc. (Et dans ce cas, je lui trouve une certaine relation avec l’épisode de la série South Park « Planetarium » – certains d’entre vous doivent savoir ce que je veux dire, pour les autres, oubliez ceci et passez à la suite.)
Personnellement, je me suis toujours représenté cette constellation avec ses plus brillantes étoiles comme une théière, avec la Voie Lactée qui ressort du bec en s’incurvant – une sorte de vapeur cosmique si vous voulez. Si je ne suis pas le seul à penser ainsi, quelques observateurs fameux – y compris le vénérable Sir Patrick Moore –  apparemment n’arrivent pas à visualiser cette théière.
La tradition occidentale qui représente le Sagittaire comme un Centaure est probablement vieille de 5000 ans – les Grecs eux-mêmes ont vraisemblablement hérité de cette constellation des Assyriens ou des Babyloniens. Je me représente les anciens Grecs, regardant le ciel et disant « Un  Centaure ? Euh oui – sûrement – je crois que les Assyriens y ont été un peu fort de la cuiller ce coup-ci, mais soit… »
De quelque façon qu’on la dessine – théière ou centaure -, bien installée en été dans la Voie Lactée, cette constellation renferme une kyrielle de splendides objets du ciel profond. Le seul problème de ce mois, c’est d’établir une liste suffisamment réduite pour rester dans des limites raisonnables !

 

 

 

 

 

Des nébuleuses, des amas globulaires, des nuages d’étoiles – Mince alors !

Presque tout ce dont je vais parler se trouve dans la partie supérieure de la théière, il vaudrait donc mieux situer où dans cet astérisme se trouve une étoile particulière. Je pense à  Kaus Borealis – également dénommée Lambda Sagittarii. Si vous regardez l’image du Centaure ci-dessus, vous pouvez voir que Kaus Borealis est presqu’au sommet nord de l’arc, et en fait Kaus veut dire arc en arabe, tandis que Borealis  désigne le Nord en latin. Retenez sa position et retenez-la bien. Cette étoile jaune brillant de magnitude 2.8  est de classe spectrale K2 et, pour ceux d’entre nous qui ne voient pas un centaure, Kaus Borealis se trouve au sommet de la théière. C’est un point de départ bien distinctif pour trouver M8 ou M22. En parcourant cette région avec un petit télescope ou des jumelles,  Lambda se met clairement en évidence…


M22 et M28 – Les Globulaires d’été

M22 et M28 au chercheur

M22 est la pièce maîtresse de cette zone, se situant à à peu près 4 degrés au nord-ouest de Kaus Borealis (indiquée Lambda sur la carte ci-avant).  On le voit facilement depuis les latitudes nord, avec le plus petit instrument optique, et commence à se résoudre en étoiles avec les plus petits télescopes. Dans mon 4″, les bords sont clairement résolus avec un grossissement moyen, et dans un 8″ ou plus, voici un objet spectaculaire.

Selon SEDS, ce fut probablement le premier amas globulaire à avoir été découvert (comme tel) et on en attribue la découverte à un astronome allemand,  Abraham Ihle, en 1665. Des recherches en microlensing faites par le télescope spatial Hubble en 1999, suggèrent que cet amas globulaire pourrait renfermer une série de planètes, un peu plus petites que Saturne, et qui erreraient dans le globulaire.

Si M22 avait été mieux placé dans le ciel boréal, je me demande quelle serait sa réputation et sa notoriété. Je soupçonne qu’il dépasserait cette autre pièce maîtresse du ciel d’été qu’est M13. Mais une fois encore, M13 a moins à souffrir de la comparaison avec ses voisins.

Le voisin de M22 le plus proche est M28, et le pauvre est tout éclipsé en majesté par M22. Avec à peu près 3x la taille angulaire de M28, M22 mérite sans aucun doute d’être le premier arrêt dans votre tour de ce soir – et peu importe la taille de votre télescope ou de vos jumelles.

Sous un ciel bien noir, vous devriez essayer de voir si vous pouvez trouver M22 à l’oeil nu – vous serez peut-être surpris !

M28 se trouve à moins d’un degré au nord-est de Lambda, et même si c’est un peu le parent pauvre de M22, c’est quand même une jolie pièce en elle-même. Depuis un site modérément noir, vous devriez être à même de trouver M28 aux jumelles, mais il est loin d’être aussi évident que M22. A environ 18000 années-lumière, il est bien plus petit que son voisin et demande un diamètre bien plus grand pour être résolu en étoiles. Comme avec tous les amas globulaires, prenez votre temps et aventurez-vous dans les puissants grossissements – 200x si votre télescope et les conditions d’observation le supportent.
Tout en augmentant le grossissement, regardez l’apparition de la granularité aux bords extrêmes, et celle du bras et du noyau qui se séparent en étoiles individuelles. Dans un 8″ et au-delà, ce globulaire offre une vue superbe.
Maintenant utilisons M28 comme point de départ pour notre paire suivante, M20 et M8.


M8 et M20 – Le Lagon et la Trifide

M8 et M20 au chercheur Chart

Déplacez-vous d’environ 4 degrés à l’ouest de M28 (et juste un petit peu vers le nord) avec des jumelles ou un télescope à grand champ et vous allez bientôt rencontrer un halo plutôt évident. C’est le complexe M8 / M20 – deux nébuleuses distinctes, qui forment une autre pièce maîtresse de cette région.
Une des premières choses que vous remarquerez est que M8 (communément appelée la nébuleuse de la Lagune), la plus au sud de ce duo, est visible à l’oeil nu lorsque la nuit est belle. La deuxième chose qui apparaît, c’est qu’elle est absolument énorme – son étendue complète couvre quasiment 3 fois la Pleine Lune ! C’est un excellent objet pour les jumelles, et il suffira du plus petit télescope pour montrer la nébulosité et l’amas ouvert qui lui est associé (6530). Même dans les petits télescopes, une bande sombre est visible entre la nébuleuse et l’amas ouvert.
Au creux de la partie la plus brillante de M8 se trouve la nébuleuse du Sablier (« Hourglass Nebula ») qui est le siège actif de naissance d’étoiles. Les images de Hubble montrent que les vents stellaires de Herschel 36 (l’étoile la plus brillante dans cette région) ont sculpté des structures en forme d’entonnoirs et de cordes.  Même si ceci est invisible pour l’observateur typique, il est possible d’identifier certaines nébuleuses obscures à l’avant de la nébuleuse elle-même, notamment B88 et B89.
Méfiance, certains observateurs confondent les vues à faible grossissement de la Lagune avec les images qu’ils ont vues de M20, qui se situe juste un peu au nord. La raison de ceci est à chercher dans les bandes sombres qui entourent le coeur de la nébuleuse Hourglass.  Des apparences qui peuvent être décevantes.
Si la plupart des observateurs ont tendance à s’en tenir aux faibles grossissements avec la Lagune, vous devriez essayer de plus forts grossissements pour inspecter les portions les plus brillantes.

En particulier jetez un oeil sur la nébuleuse obscure qui entoure Hourglass – semblable à l’image à droite – Que pouvez-vous voir ?
Avec mon télescope de 10″, j’ai noté ceci pour M8  et NGC 6530 –  « …ceci peut être vu à l’oeil nu depuis mon site.  On dirait un petit nuage d’étoiles, juste au bord de la Voie Lactée. Au télescope, les meilleures vues sont à environ 85x. Il y a pas mal de nébulosités dans cette région. C’est sûrement un bon rival pour le baudrier d’Orion, si on parle de régions impressionnantes. Le canal noir qui donne son nom au Lagon est facilement visible, et l’amas (avec quelles traces de nébulosité) fournit un beau contraste avec la zone nébuleuse brillante juste à côté. »
Depuis M8, déplacez-vous vers le haut d’un degré ou deux, et vous trouverez M20 – la nébuleuse Trifide.
En fait, si vous avez des jumelles ou un télescope à grand champ, toutes les deux (sans aucun doute ou presque) vont apparaître dans le même champ.
Si vous espérez obtenir une vue de la Trifide telle que celles que l’on voit en images, vous risquez d’être quelque peu déçu. Elle est plus petite et plus faible que M8, et, quand on a vu des photographies, c’est un peu démotivant. Guettez un léger halo (que vous ne verrez peut-être pas dans des instruments de faible diamètre) auquel est associé un amas ouvert. Dans des jumelles, j’ai en général pas mal de problème à identifier une quelconque nébulosité, alors que c’est plutôt simple avec un télescope de 4″ ou plus. En fait, mes notes indiquent que j’ai pu voir une trace des bandes sombres dans mon 4″ mais que la vision en était bien meilleure avec quelques pouces de diamètre en plus. En fait, dans mon 10″, j’ai trouvé M20 : « Un extraordinaire objet. Une nébuleuse approximativement circulaire, avec une ou des étoiles au centre, et trois bandes de poussière radiales. »
Je suggérerais aussi d’essayer un filtre OIII ou UHC pour M8 et M20 si vous disposez de l’un ou de l’autre. Plusieurs observateurs ont témoigné de leur efficacité.



M24 – Le petit nuage d’étoiles du Sagittaire

M24 au chercheur

Maintenant déplaçons-nous un peu vers le nord-est. J’espère que vous disposez de jumelles ou d’un télescope à grand champ. Une des meilleures vues de la Voie Lactée en été c’est M24 – le petit nuage d’étoiles dans le Sagittaire. Même si ce n’est pas lui-même à proprement parler un amas ouvert, il renferme en réalité ses propres amas ouverts – NGC 6603 et CR 469, ainsi que les nébuleuses obscures B96 et B92. Un bel objet, un de ceux que je pourrais contempler des heures durant. Si la meilleure vue de M24 est obtenue dans des petits instruments à grand champ, si avez la chance d’avoir un télescope plus grand, vous devriez trouver en M24 de quoi vous tenir occupés pendant un bon bout de temps.



M17 – La nébuleuse du Cygne ou Omega

M17 au chercheur

Continuons à présent vers le nord-est, et vous découvrirez bientôt le Cygne. Visuellement, je trouve que celle-ci est seulement dépassée en splendeur par M42 – la nébuleuse d’Orion. Comme M42, le Cygne (aussi appelée la nébuleuse Omega ou du Fer à Cheval) est une pouponnière à étoiles. Et, à la différence du Centaure, je peux facilement voir d’où la nébuleuse tire son nom.
L première « découverte » est due à l’astronome suisse Phillippe Loys de Cheseaux, en 1746, mais malheureusement on ne lui a guère fait publicité, et Messier a redécouvert la nébuleuse en 1764.
Extrait des notes de de Cheseaux :

Enfin, une autre nébuleuse, qui n’a jamais été observée. Elle a une forme tout à fait différente des autres : elle a la forme parfaite d’un rayon, ou de la queue d’une comète, de 7′ de long et 2′ de large; ses côtés sont exactement parallèles et plutôt bien définis, ainsi que les deux extrémités. Son milieu est plus brillant que les bords; j’ai déterminé son AD pour cette année comme étant 271d 32′ 35″ et sa déclinaison sud 16d 15′ 6″. Elle a un angle [PA] de 50 deg avec le méridien.
From http://www.seds.org

Mes propres notes avec un télescope de 10″ et une tête binoculaire disent : « En un mot – superbe. Les meilleures vues étaient obtenues à 175x (binoculaires) où une vaste quantité de détails et de structures se révèlent. Une tête bino avec deux oculaires Nagler offraient l’impression de suprême de « space walk », et on pouvait vraiment se sentir tomber dans la nébuleuse. La nébulosité occupait quasiment tout le champ de vision, et le « Cygne » était tout à fait évident. Une structure était facilement visible à l’intérieur de la portion occidentale de la barre inférieure qui forme la base du « Cygne ». Une vue extrêmement impressionnante ! »
Si vous avez un filtre pour nébuleuses ou un OIII, c’est l’occasion de l’essayer.


Ce mois-ci, j’ai préparé deux objets-défi pour vous; la galaxie de Bernard et la fenêtre de Baade.
Tandis que vous regardez le Sagittaire, sachez que vous regardez vers le centre de notre galaxie. En fait, le centre précis se trouve à environ 4 degrés à l’ONO de 10 Sagittarii (Gamma). Cependant, quand on regarde dans cette direction, on se trouve confronté aux nuages de poussières obscures du grand rift. De notre point de vue, aux longueurs d’onde visibles, le centre réel est obscurci. Cependant, Walter Baade, utilisant la caméra de Schmidt de 18″ Schmidt du Mont Palomar a localisé une fenêtre dans le Sagittaire – à une petite distance (angulaire) du noyau lui-même – ce qui lui a permis (ainsi qu’à nous) de nous frayer un chemin à travers les poussières qui entourent le noyau galactique, et de jeter un coup d’oeil sur ce qui se passe là-bas.
Objet défi : la Fenêtre de Baade
Il y a deux amas globulaires aisément visibles dans la zone connue sous le nom de fenêtre de Baade (Baades Window) : NGC6522, et NGC6528. Notez que, pour rendre la carte plus claire, j’ai juste montré le plus brillant des deux sur la carte générale – l’autre est très proche et se trouvera, aux grossissements modérés, dans le même champ.


La fenêtre de Baade au chercheur

Regardez aux environs du bec de la théière – le coin inférieur droit de la carte – et vous verrez que j’ai représenté le plus lumineux et le plus grand des deux amas : NGC 6522.  Lorsque vous êtes dans cette zone, utilisez la carte qui suit :


La fenêtre de Baade à l’oculaire

Comme vous le voyez, les deux globulaires peuvent aisément trouver place dans le même champ. Si vous pouvez trouver ces deux objets, vous trouverez qu’ils ne sont guère aussi impressionnants que M22, mais pour moi, du moins, ils engendrent une sorte d’émerveillement quand je réalise que je regarde des objets qui se trouvent éloignés de nous de bonnement de 25000 années-lumière de nous, et sont encore bien plus proches du centre galactique – à peine 2000 années-lumière.



Objet-défi
: La galaxie de Bernard – NGC 6822


La galaxie de Bernard (NGC 6822) au chercheur

Même si cet objet qui a été catalogué bien avant, le nom de E.E. Bernard est celui le plus fréquemment donné à cet objet, un membre irrégulier du groupe local. Bernard l’a observé pour la première fois le 17 août 1884 avec un réfracteur de 5″. Similaire au Petit Nuage de Magellan par sa composition et sa structure, cette galaxie est (étonnamment) réputée visible dans les jumelles depuis un bon site
Même si c’est un objet a priori destiné à un télescope à large champ, il offre quelque chose à voir dans à peu près n’importe quel diamètre. Mon observation la plus remarquable, c’est dans un SCT de 10″. Après avoir centré l’objet, il y avait une brillance granulaire aux environs du centre. Aligné approximativement Nord/Sud, au grossissement utilisé, il présentait de façon quasi classique une baisse de la luminosité aux limites du champ de vision. Comme tout un chacun qui passe pas mal de temps à observer des objets extrêmement faibles avec de bien trop petits diamètres, j’ai été surpris de le voir dans un gros télescope.

Une recommandation que je peux faire, c’est de se préparer à voir un objet de taille plutôt grande. La magnitude de cet objet est 8.7 mais se baser sur ceci sera décevant – une bien meilleure indication de sa visibilité est de prendre en considération à la fois sa magnitude et sa brillance surfacique. Selon une de mes sources, la luminosité surfacique est une valeur étonnement basse – 22.9 de magnitude par seconde d’arc au carré. Et cependant, malgré ceci, l’objet est certainement observable dans de petits instruments.

NGC 6822 au chercheur


Ce petit tour ne couvre d’aucune façon tous les objets du Sagittaire – pas plus que tous les objets de Messier qui y sont renfermés – il y en a neuf de plus ! Le Sagittaire est rempli de globulaires, je vous suggère fortement de prendre votre télescope à grand champ et de passer quelque temps à parcourir cette région du ciel – spécialement le long de la base de la Théière – qui sait ce que vous allez y découvrir !

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